Post Graphic Novels – Corge

Exposition réalisée pour le festival de bande dessinée de Colomiers.

Exhibition realized for the comic book festival of Colomiers.

Tout le monde vous le dira  : Cela fait bien longtemps qu’il n’y a plus aucun intérêt à aller voir une exposition. Seuls les galeristes et les critiques d’art vous affirmeront le contraire, afin de continuer à faire tourner leur boutique et extorquer de l’argent aux nouveaux riches qui ne savent plus comment le dépenser.
Le seul et unique intérêt des expositions est bel et bien LE BUFFET DE VERNISSAGE.
D’ailleurs, personne ne s’y trompe, puisque c’est bien seulement lors des vernissages que l’on trouve du public en masse dans les galeries ou les centres d’arts contemporain. Le reste du temps, il y a autant de monde dans ces lieux que d’idées dans une analyse de Jean Miche Aphatie.
Ce qui intéresse le public, c’est les PETITS FOURS et L’ALCOOL GRATUIT !
Les expositions sont en effet grassement financées par des subventions publiques, et donc par les impôts des contribuables, qui en ont plus qu’assez de voir leur argent remplir les poches d’escrocs qui posent des salades sur des parpaings au milieu d’un white cube. Le contribuable, il préfère que son argent serve à lui remplir la panse de petits fours et de kirs-cassis.
La Marwanny Corporation, qui s’est toujours fixé comme objectif de donner au public ce qu’il attend, a donc décidé d’investir dans les vernissages la totalité du budget de l’exposition relative au dernier ouvrage de Pipocolor. Ces vernissages auront lieu EN PERMANENCE ! Ainsi, nous mettons en place la PREMIÈRE EXPOSITION AU MONDE vraiment intéressante sur la totalité de sa durée, et non pas sur les seules quelques heures de son ouverture.
Cela tombe à pic, puisque Pipocolor a pour sa part décidé d’abandonner la bande dessinée, qui est un art fastidieux, peu rémunérateur, et qui surtout permet de rencontrer beaucoup de vieux punks sales, mais aucun mannequin en provenance d’Europe de l’Est. Il a donc totalement réorienté sa carrière vers l’art conceptuel contemporain qui est un art qui ne coute rien, qui est outrancièrement rémunéré, et qui exerce une irrésistible incitation au coït de groupe chez les gens riches et beaux.
Nous vous proposons donc ici, en avant-première exclusive, à Colomiers (et avant sa tournée mondiale au MoMA, à la Tate Modern ou au Guggenheim), l’exposition  Post Graphic Novels  de Pipocolor.
Mais n’oubliez pas, la seule chose vraiment importante reste toujours le vernissage !
Pour éviter tout impair, la Marwanny Corporation vous propose donc un guide pas-à-pas à travers les différentes étapes de la jungle du vernissage.

 

 

1- La préparation et l’arrivée :
N’oubliez jamais qu’un vernissage d’exposition est avant tout un lieu où l’on se montre. Les vernissages ne sont en effet que des prétextes à affirmer à peu de frais que l’on a du goût, que l’on aime les choses actuelles, bref en un mot que l’on est du bon côté de la barrière du bon goût.
Vous aurez bien entendu pris soin au préalable de cliquer sur «  J’y vais  » sur l’évènement Facebook, afin de promouvoir autant que possible votre présence au vernissage. D’ailleurs cliquez sur «  J’y vais  » même si vous ne venez pas, cela ne mange pas de pain.
Vous vous habillerez avec soin. Chaussez vos plus belles baskets retro-vintage, ou votre mini-jupe fendue de créateur, puisque les vernissages constituent aussi d’excellentes occasions de séduire une jeune étudiante délurée des beaux-arts, ou un riche investisseur prêt à acheter une salade sur un parpaing pour faire de l’optimisation fiscale.

2- L’attente :
En général, l’ouverture du buffet se fait toujours avec un bon moment de retard.
Le moment d’arrivée au vernissage est donc crucial. Il conviendra de se rendre sur place ni trop tôt, parce que vous serez seuls et que vous aurez l’air d’un plouc, ni trop tard, parce qu’il n’y aura plus rien à boire.
Vous risquez donc de devoir tout de même attendre un bon moment. Vous pouvez éventuellement en profiter pour aller voir l’exposition (voir comment se tenir lors de la visite), mais nous vous conseillons plutôt d’aller vapoter à l’entrée avec les autres convives, ce qui vous permettra de repérer les étudiantes les plus délurées ou les hommes les plus riches.
Rappelez-vous  : même si la grande majorité des gens présents sont, comme vous, bénéficiaires du RSA, ils voudront à tout prix montrer qu’il appartiennent à une élite sociale et culturelle en donnant leur avis sur tout et n’importe quoi. Rapprochez-vous donc d’un groupe, et lancez un sujet de discussion «  chic et pointu  » à travers une question ouverte qui vous permettra de lancer le débat.
exemple de questions:
«  La patte de tofu peut-elle vraiment remplacer le thon rouge dans les sushis eco-responsables ?  »
«  Avec le recul, on peut quand même affirmer que le premier véritable groupe de musique Industrielle, c’est plutôt Kraftwerk que Throbbing Gristle, non ?  »

3- Les discours officiels :
Un passage obligé du vernissage est le moment des discours officiels. Bien évidemment, ces discours ne présentent jamais le moindre intérêt, et nous ne nous étendrons pas sur les sempiternels et soporifiques remerciements ânonnés par de mauvais tribuns. Il est pourtant impératif de les subir, car c’est le moment pendant lequel vous préparerez votre placement pour l’ouverture du buffet (voir chapitre suivant).

4- L’ouverture du buffet :
Nous voici au moment critique. Tout comme celle des coureurs cyclistes dans un sprint final du Tour de France, votre réussite dépendra grandement de votre placement préalable dans le peloton.
Afin de ne pas passer pour un pique-assiette, il conviendra évidement de ne pas stationner ostensiblement trop près du buffet, mais de se placer un peu en retrait, et d’anticiper les flux humains qui ne manqueront pas de se déchaîner dès lors que le maire ou le sous-préfet aura prononcé la phrase «  le buffet est ouvert  ».
Placez-vous donc de préférence juste derrière un petit myopathe dans son fauteuil, car ce sera bien le seul à qui on ouvrira la voie du buffet sans trop rechigner. Vous pourrez ainsi profiter de l’effet d’aspiration crée. S’il n’y a pas de personne porteuse de handicap dans la salle, rabattez-vous sur une femme enceinte.
Vous pouvez également vous rapprocher du groupe des élus  : comme ils se sentent un peu chez eux, ils n’hésitent en général pas à avancer sans vergogne vers le buffet. Et puis, si vous vous débrouillez vraiment bien, au bout de quelques verres, monsieur le maire sera peut-être enclin à vous faire sauter une ou deux contraventions.
Une fois près du buffet, ne bougez surtout plus  ! Pour ce faire, vous pouvez vous lancer dans des discussions avec les serveurs, ce qui vous donnera de la consistance, et évitera de vous faire passer pour un plouc. Faites aussi régulièrement semblant de vouloir vous éloigner du buffet, en disant tout haut qu’il y a vraiment trop de monde, et que décidément on ne peut pas bouger au milieu de cette foule.

5- Faire des provisions :
Vous pouvez bien entendu profiter des vernissages pour ramener à manger chez vous. Il conviendra pourtant de faire cela en toute discrétion pour ne pas avoir l’air d’un pauvre. La solution la plus pratique est donc de doubler toutes vos poches de veste d’un sac plastique, afin d’y stocker toutes les victuailles, sans graisser les tissus. Soyez organisé, mettez par exemple le sucré dans la poche gauche, et le salé dans la poche droite.

6- Un petit tour rapide à l’exposition (facultatif) :
Le buffet a été pillé et il n’y a maintenant plus rien à boire. Le moment est donc peut-être venu d’aller éventuellement faire un tour à l’exposition. Ce qui est exposé n’a évidemment pas le moindre intérêt, et vous êtes maintenant passablement éméché. Vous voilà donc prêt à conclure avec la jeune étudiante ou le riche fondateur de start-up que vous aviez abordé en début de vernissage.
Placez-vous à proximité de votre proie, et donnez-vous un air beaucoup plus intelligent que vous ne l’êtes, en prenant une expression pénétrée face à la salade posée sur le parpaing. Plissez les yeux en hochant la tête, et dites, juste assez fort pour qu’on puisse l’entendre, une phrase qui ne veut rien dire, mais qui laisse entendre que vous connaissez personnellement l’artiste.
«  Hum, cette pièce est bien plus pertinente et mature ! Jeff a bien fait de suivre les conseils que je lui avais donné  lors de la dernière biennale de Venise  sur les rapports de résonance sémantique qu’engendrent ses lignes de force.  »
Vous venez par cette simple phrase de transférer toute «  l’aura  » de l’artiste sur vous-même  : vous pouvez maintenant proposer à la jeune étudiante de poser nue pour vous, ou au riche investisseur de vous inviter au restaurant de son hôtel 4 étoiles.